J'ai mis longtemps avant de reprendre la plume, enfin, le clavier... ce qui ne veut bien sûr pas dire que je ne prenais pas les casseroles... Oh! que si!
pas de congès pour celles-là, ni vacances ni RTT... bref, passons...
Casseroles donc mais sans le temps pour noter toutes les bonnes choses éphémères que j'ai concoctées de mes petites mains...
J'ai eu tout de même l'occasion de découvrir un nouveau visage de Lorand Gaspar, un ancien de Sidi Bou Saïd, lui aussi... Jugez donc:
Non pas en exil.
Non pas étranger.
Solidaire des hommes et des bêtes
Solidaire des eaux, de la boue,
de la roche et des champs des forêts et forêts de constellations.
Graine de la grande tribu des sables et cailloux
de toute cellule vivante,
pétales de floraison dans le vent,
solidaire de la joie et de la douleur.
D’une patrie de pensée infinie
de toute connaissance limitée
clairières de notre pensée finie.
Solidaire d’une commune ignorance
de tous nos forages, explorations, recherches
de notre désir infini de comprendre —
de toute lumière et de promesse de lumière
qu’elle témoigne d’elle-même ou de la nuit,
de celle à certaines heures que respirent
au désert de Judée les pierres —
Solidaire d’une patrie de mouvement infini
des limites de nos ici et maintenant innombrables
Non, je ne suis pas en exil,
chez moi dans le jaillissement
dans la chute et dans l’usure
dans le diamant et la pacotille
chez moi dans la jubilation des eaux et des airs
et comment parler du mouvement sans bornes
sous les averses d’averses de photons
les vitesses de tant de rayonnements
dans la fraîcheur fragile du verger en fleur
rencontré ce matin de février sans nombre
dans l’éventail d’années et d’années de lumière —
je suis le marcheur qui respire l’ouvert
de tous ses poumons et dont le corps-cerveau
compose des images, musiques et langues,
je suis celui qui chante dans le chant
hors métrique et hors vocabulaire
les matins de toute vie et les soirs
et les nuits de solitude peuplées
de pensées qui s’envolent de leurs fenêtres
de tout ce qui se déplie, telles les eaux
que parcourt un battement d’aile dans la nuit
de l’eau solidaire de celui qui dort,
comme de celui qui écoute le poème au-dedans, au-dehors —
La "Fitna" , de l'arabe "fatana" signifie séduire, comme le serpent séduit Adam et Eve, séduire dans le sens de tenter
et détourner du (droit) chemin, inviter à prendre le chemin de traverse, la marge, le biais tortueux... Rien de tel dans le film intitulé "Fitna" sinon un ramassis de clichés, d'images violentes et détournées pour le compte d'une machinerie nauséabonde... Bref, il n'y a pas de quoi faire tout
un plat, à la guerre comme à la guerre, opposons aux images de guerre, d'autres plus sereines:
Quand j'ai choisi de publier un blog associant cuisine et littérature, nourritures toutes deux indispensables et complémentaires, j'avais plus ou moins consciemment en
tête leur inextricable complexité, le danger de les manipuler, d'en rendre compte sans tomber ou dans le lieu commun ou dans la bavure ou dans le malentendu... C'est à propos de malentendu que je compte faire ce billet et en référence à l'article de M. Mohammed Leftah "La mort à
table". Des lecteurs de ce blog m'ont fait part de leur malaise par rapport à cet article dans lequel ils lisent une
intention anti-sioniste voire "antisémite", le mot a été employé! Qui est antisionniste? qui est antisémite? El Maleh? sa judéité le protège du soupçon d'antisémitisme mais il n'a jamais caché
son opposition à une certaine idéologie sioniste! Leftah? sémite, tout comme moi, mais étant arabe, donc assimilié musulman, il est plus facile en effet, de lui prêter des intentions , tout comme
à moi qui ai cautionné l'article en le publiant. Je relis donc l'article de Leftah:
Je constate certes que je n'aurais pas employé les mêmes mots pour décrire les métaphores culinaires d'El Maleh mais je ne relève concrètement RIEN qui prête à cette interprétation
antisémite.
Que se passe-t-il? Ma longue fréquentation de l'oeuvre d'El Maleh m'aurait-elle rendue aveugle à ce qui lui est étranger? Ou alors, sous prétexte que mon identité patronymique signale une arabité
présumée, dois-je m'auto-censurer pour faire dans le politiquement correct? Y a-t-il des mots interdits aux "Arabes" ? Pourtant, El Maleh, ce "juif oxymoron" comme il aime à s'appeler lui-même,
indiquant ainsi la complexité problématique de son identité, se revendique, s'est toujours revendiqué, comme Juif et Arabe, simultanément! Mais revenons sur le terme litigieux: "sionisme" : en Occident il ne renvoie que de manière objective à ce courant qui a présidé
idéologiquement à l'avénement de l'Etat d'Israël. Dans le monde arabo-musulman le terme "sahyoûnyya" (traduction de sionisme) a une connotation clairement péjorative et ne désigne que les actions
et exactions contre les Palestiniens. L'Histoire avec sa grande hâche a tranché dans le vif du mot, lui enlevant son âme, le réduisant à cette mécanique exécutive qui a fait des prisonniers, des
réfugiés, des sans terre, etc. Voilà comment un mot voit son sens changer non pas en diachronie mais en synchronie, et selon l'aire géographique. Il en est, me semble-t-il, de même de la réception passionnelle de cet article de Leftah, comme de tout ce qui s'écrit sur le
sionnisme. Pourra-t-on jamais parler entre "juifs" et "musulmans", "orientaux" et "occidentaux", sans se cantonner les uns
les autres dans ces identités meurtrières entre "pro" et anti"? Doit-on censurer tout parole qui ose, sans hypocrisie, sans mauvaise conscience non plus, dire ou laisser se dire un malaise? même
maladroits, mêmes irecevables, des propos sur ce qui fait problème seront toujours plus sains qu'un silence contraint par cette nouvelle loi de la bienséance actuelle. J'invite au contraire à
parler, à en parler par écrit pour que l'engagement de la parole soit mutuel. Car l'écrit reste, et parle parfois à notre insu. Et pour relancer le débat, je renvoie à l'article suivant:
C'est avec une immense tristesse que je viens d'apprendre le décès de l'écrivain marocain Mohamed
LEFTAH, ce dimanche 20 Juillet au Caire où il a été enterré (Quartier 6 Octobre).
Venant de terminer un article sur son roman, "L'enfant de marbre"
, que j'ai lu comme un tombeau romanesque j'ai l'impression d'une curieuse ironie du sort... La "sépulture d'encre" dont parle l'auteur et qu'il dédiait à un enfant mort-né, n'est-elle pas la
sienne propre de ce né maure? (le jeu de mots est évoqué par l'auteur lui-même).
En tout cas c'est un joli pied de nez jeté à la face de la mort que d'écrire son propre tombeau!
Charité bien ordonnée commence par soi-même , c'est pourquoi j'attire l'attention des chers internautes sur la parution d'un ouvrage collectif auquel j'ai eu le plaisir de collaborer et qui est coordonné par mon ami Abdellah Baida
(professeur au Centre de préparation à l'agrégation à Rabat).
Le livre en question est un hommage rendu à Mohammed Leftah qui nous a quittés trop tôt pour assister à la visibilité prometteuse de son oeuvre. Mais, comme le précise A. Baïda dans la
présentation de ce livre, cet hommage ne fait pas partie de ces reconnaissances posthumes et cadavrophages! (le néologisme est d'E.A. El Maleh). Ce livre était programmé déjà du vivant de M.
Leftah et de nombreux entretiens entre lui et A. Baida avaient préparé cette publication.
Quand A. Baida m'avait demandé de collaborer à cet ouvrage, j'avoue, à ma grande honte, que je n'avais encore rien lu de l'auteur. Un bref échange de mails entre M. Leftah et moi-même créa entre
nous un lien de curiosité intellectuelle. Je suis devenue depusi une lectrice assidue de ses livres et lui fréquenta et apprécia, semble-t-il, ce modeste blog! .
Travailler sur l'oeuvre de Mohammed Leftah fut un réel plaisir, une langue élégante et précise, un imaginaire complexe nourri d'une culture plurielle et une érudition qui ne verse jamais dans
l'étalage.
L'autre plaisir que promet une telle lecture est de trouver entre les pages de ce livre, en plus d'une nouvelle inédite de l'auteur, un article que nous devons à la précieuse
contribution d'Edmond Amrane El Maleh qui a été le professeur de M. Leftah.
Comme le livre est publié au Maroc et qu'il ne sera probalement pas diffusé ailleurs, pour l'acquérir il suffit de prendre contact avec l'éditeur par voie postale ou par courriel:
Ce titre pourrait traduire littéralement, et donc approximativement, celui du roman de Maati Kabbal que je viens de découvrir avec bonheur et qui s'intitule
Houbbak Ya Edhdhawya. Ecrit en arabe marocain dans une diglossie parfaitement assumée (va-et-vient entre l'arabe littéral et le dialecte marocain), ce roman met en scène les aventures
burlesques d'un jeune Marocain qui peine à trouver du travail malgré son doctorat en droit. La langue truculente de ce roman réactive les ressources du dialecte et de l'héritage oral: dictons,
chants populaires, vannes, etc. L'autodérision du narrateur fait passer néanmoins des allusions aux nombreuses contradictions de la société marocaine contemporaine dans un contexte de
globalisation. Par les stratégies discursives utilisées (humour, ironie et autodérision) ce roman évoque, tout en étant très différent, LePeptimiste (de Emile Habibi,
traduction de Jean-Patrick Guillaume).
C'est en tout cas une écriture jubilatoire et une fantaisie pleine d'arabesques (au sens romantique du terme) que j'invite tous les arabisants à découvrir!
Références:
Auteur Maati Kabbal
Titre: Houbbak ya Edhdhawya
Editions: Ain Bannaï, Casablanca, 2008.
178 p.
Ceci est la traduction d'une traduction... traduction d'un poème de Lorand Gaspar demeuré secret car jugé impubliable par l'auteur. La seule trace que
nous ayons de ce poème est une version arabe (de S. Al Joundi) publiée dans Sol absolu (p. 133 de l'édition Gallimard/poésie 1982). Le secret qui entoure ce poème absent est
fascinant. Je dois à Annick G. la tentation de courir après l'énigme et je l'en remercie. Ce qui est encore plus fascinant, c'est que des "triangulations" inattendues se sont constituées, tantôt
avec M. D. spécialiste de Lorand Gaspar, tantôt avec H.T. mon merveilleux époux, fin stylisticien et grand amateur de Gaspar.
Voici le résultat de cette quête de traces écritse à plusieurs mains:
Jour et nuit, nous errons en quête
d’un sanctuaire en ruine rendu à la substance de la terre
dans l’éclat de l’espace et des pierres jaunes
dans l’innocence du corps et du papier
s’ exhale de nos pas un parfum de jasmin et d’amour
"Nul ne témoigne pour le témoin. Et pourtant toujours nous choisissons un compagnon: non pour nous, mais pour quelque chose en nous, hors de nous, qui a besoin
que nous manquions à nous-mêmes pour passer la ligne que nous n'atteindrons pas. Compagnon par avance perdu, la perte même qui est désormais à notre place. Où chercher le témoin pour lequel il
n'est pas de témoin?"
C'est par cette déclaration poignante qu'El Maleh (citant Blanchot citant lui-même Paul Celan) introduit son livre Mille ans, un jour dans une épigraphie
incontournable pour la compréhension de toute son œuvre.
Aujourd'hui encore, Edmond Amran El Maleh joue son rôle de témoin et apporte sa version de l'histoire. Autorisée par l'auteur, je me permets de livrer ici ce
texte inédit (publié uniquement par mon ami Abdellah Baida sur sa page facebook) et je vous invite tous à le discuter, à le relayer, car l'histoire doit s'écrire au pluriel pour tenter
d'approcher une certaine justesse...
voici le texte:
Le « héros » démasqué
Edmond Amran El Maleh
La photo en première page d’un journal marocain d’un ex-agent du Mossad, de surcroît présenté comme un héros, on penserait qu’il s’agisse d’une hallucination, d’un cauchemar passager. Il n’en est
rien. Le journal Le Soir, en plusieurs épisodes, sous la manchette « Point d’histoire » nous présente, photo encadrée à l’appui, David Littman, ex-agent du Mossad, héros
célébré pour une mission qu’il aurait brillamment accomplie. Et, sans anticiper sur ce qui va suivre, on apprend, dans les pages de cette scandaleuse publication que, le 1er juin 2008,
le président israélien Shimon Perez au cours d’une cérémonie officielle a présenté, au nom de l’État israélien, ses remerciements à ce très spécial espion. Parole lui est donnée dans une longue
interview en plusieurs épisodes parue dans Le Soir. À longueur de colonnes, il décrit comment et sous quelle couverture il est venu, il a séjourné au Maroc, le temps de préparer et de
mener à bien « l’opération murale ».
Sur le ton de la vantardise à peine dissimulée, avec un cynisme qui prétend se réclamer d’un travail humanitaire, il décrit ses tractations, son travail de sape, de corruption dont, sans aucun
doute à ce jour, soit 47 ans après, il camoufle le vrai visage, mais en vain.
On jetterait ce « héros » très particulier dans les oubliettes de l’histoire si, encore une fois, ne s’ouvrait à cette occasion cette dramatique question, cette blessure ouverte,
l’exode des juifs marocains ; je dirais aujourd’hui Marocains juifs pour bien préciser notre identité. Ce héros plein de componction humanitaire et prophétique, un agent du Mossad, ne
mériterait pas qu’on évoque son nom un seul instant si précisément, et c’est là l’extrême gravité de l’affaire, il ne tentait de s’afficher comme le sauveur « de quelques centaines d’enfants
juifs marocains » qu’il voulait acheminer vers Israël ou, variante, « rapatrier ».
De ce seul fait, et sans anticiper sur la suite de ce qu’il y a à dire à ce sujet, ce sauveur miraculeux, commis aux basses œuvres, est à l’image d’un négrier, trafiquant d’esclaves,
trafiquant d’enfants ici, qu’on devrait juger pour son action criminelle.
Mais il est juste temps de voir les choses de plus près avec un souci de vigilance d’autant plus nécessaire qu’il faut déjouer, percer le brouillard de la propagande et de l’idéologie sioniste
qui s’infiltre dans les interstices de l’histoire.
Et d’abord arrêtons-nous pour savourer sans trop nous y attarder ce portrait qu’il trace de lui-même. Il se décrit dans sa jeunesse comme un idéaliste naïf excentrique, convaincu de ses
capacités.
Évoquant James Bond, il lâche l’énormité qu’il ignorait travailler pour le Mossad. Comble de cynisme grotesque, bassement primaire, le voilà qui tente piteusement de se draper dans les plis de la
Thora comme s’il était investi d’une mission divine.
La bonne conscience israélienne, celle qui « spirituellement » s’est affirmée à Gaza. Mais venons-en à l’essentiel. Nous sommes en ces jours exaltants de l’indépendance conquise, du
retour triomphal de S.M. Mohammed V. Le pays change de visage et entre dans l’histoire de son avenir avec toute la complexité des bouleversements et des mutations qui s’en suivront. Période
féconde, d’une richesse complexe, extrêmement difficile à appréhender et que j’ai vécue de plain-pied, à l’unisson de tout le peuple marocain.
C’est à la même époque, à deux ou trois ans près, en fait en 1961, que cet agent du Mossad s’infiltre clandestinement au Maroc et, sous couvert d’une mission humanitaire, il entreprend ses
manœuvres de corruption, de détournement de l’attention, au risque plus d’une fois d’être démasqué, et ce pour mener à bien son entreprise.
On aura assez parlé de ce feuilleton d’espionnage de bas étage, assez remué la boue et la fange qui entourent son personnage et ses péripéties. Pas un seul instant il ne faut se laisser abuser
par ce scénario révélateur à l’occasion du visage réel du sionisme. Le but de cette opération israélienne confiée à cet agent du Mossad est double. Il faut le percer à jour, le dénoncer, le
traquer dans les moindres replis de ces interstices de l’histoire où il croit pouvoir se lover pour se livrer à son travail de sape. But double, avons-nous dit, dessein inavouable dont on
escomptait qu’il aurait pu faire son trou dans le secret.
Et d’abord semer le doute, faire croire que ces juifs qu’on aura châtrés, amputés de leur enracinement millénaire en ces terres marocaines seraient en danger de mort nécessitant des actes de
sauvetage. Et comme corollaire, pour ainsi dire, s’ensuit du même mouvement, cette monstrueuse falsification de la vérité : l’idée que ces juifs seraient un corps étranger en ce pays !
Ouvrons ici une parenthèse. On ne sait que trop comment Israël s’est édifié en chassant le peuple palestinien de son pays, en tentant par sa terreur d’annihiler son existence.
Disons en passant qu’aujourd’hui, avec l’appui de l’Europe, Israël en arrive à la négation même de la question palestinienne. En fermant cette parenthèse, ajoutons qu’Israël, de par sa politique
de terreur, de crimes perpétrés en toute impunité, de par son existence même, Israël donc a fait que, dans tous les pays dénommés pays arabes, les nationaux de confession juive et leur communauté
ont subi les effets d’une irrémédiable destruction.
Mais revenons donc au Maroc et d’abord, pour affirmer avec la force d’une évidence que jamais nous, juifs marocains, ou Marocains juifs comme je tiens à le formuler, nous n’avons encouru ne
serait-ce que l’ombre d’un danger. Pour nous, indissolublement avec l’ensemble du peuple marocain, sans la moindre faille, sans la moindre réticence, nous avons communié dans cette annonce d’un
destin nouveau où, enfin, le pays prenait ses affaires en main après le règne du protectorat. Un détail pour souligner, s’il en était besoin, cette intégration, cette participation, le premier
gouvernement marocain a compté parmi ses membres un ministre juif marocain, Marocain juif, le docteur Benzaquen.
Il ne s’agit pas, à la faveur de cet exemple comme de tant d’autres, de faire comme si on évoquait avec soupirs et nostalgie un passé révolu.
Première certitude qui demeure et qui a plus que son prix, nous sommes passés, nous Marocains juifs / juifs marocains, du statut de « dhimmi » à celui de citoyens marocains jouissant de
la plénitude de nos droits. Il faut flanquer cette vérité pour ainsi dire à la figure de cet espion très spécial.
Je ne peux faire mieux pour conclure ce texte qui reste ouvert que de renvoyer à propos de la tragédie de l’exode des juifs marocains, des Marocains juifs, arrachés à un enracinement millénaire,
je ne peux faire mieux que de renvoyer le lecteur à mon livre Mille ans un jour, (Éd. La Pensée sauvage).
Et je voudrais ajouter encore un mot. Un jour lointain, à Asilah, dans ce cimetière marin battu par le chergui, méditant sur la tombe d’un inconnu nommé Naon, le Parcours immobile s’est
mis en mouvement pour, de livre en livre, offrir à ce pays, le mien, lui prêter une voix, fût-elle un grain de poussière, un regard éphémère, pudiquement empreint et sans emphases d’un sentiment
d’attachement intime et profond.
Pour conclure, je ne voudrais pas faire l’honneur à cet espion au petit pied de l’insulter, comme j’ai eu la tentation de le faire sur le coup, tel qu’en lui-même il se condamne sans appel.
S'il paraît un peu prématuré de parler de mouvement queer au Maroc, il faut néanmoins reconnaître le rôle de pionnier à l'écrivain marocain Abdellah
Taïa dans la revendication de sa différence.
La médiatisation du débat, entre les partisans de l'hétéroconformité,_comme on se plaît désormais à l'appeler_ et les autres, est relayée par le magazine Tel Quel. Plusieurs numéros, en
effet, donnent la parole à l'écrivain Abdellah Taïa ou à des critiques littéraires qui présentent son oeuvre et son combat.
Dans l'un des derniers numéros du magazine, à travers un texte émouvant et cependant d'une grande justesse de ton, Taïa s'adresse à sa mère pour tenter de lui expliquer sa différence. Certains
lecteurs (internautes) épiloguent en s'interrogeant sur l'utilité d'écrire à sa mère quand celle-ci, analphabète, est incapable de lire la lettre qui lui est adressée. Ceux-là n'auront pas
saisi le détour rhétorique qui consiste à viser un destinataire particulier qui n'est qu'une figure de l'auteur lui-même. Cela ressemble en effet à une tentative de mieux cerner cette part de soi
comme lieu de différence pour mieux se la réconcilier. L'avantage d'un tel excercice de style c'est qu'il inscrit le débat sur l'homosexualité dans un cadre plus vaste du rapport avec les
minorités et du rapport avec la norme.
Le minoritaire, par ailleurs souvent minoré, nous pose la question de notre identité et c'est en cela qu'il dérange. Le rejeter c'est nous condamner à un monolithisme sclérosant.
Cf. en particulier, le numéro, 277 du magazine Tel Quel de juin 2009
(version en ligne), le numéro 367, avril 2009 (p. 20-24) ; le numéro 369, avril 2009 (p. 26-28).
Abdellah Taia avec ma copine Joan (Italie).
De Abdellah Taïa on pourra lire: Mon Maroc ou encore Le Rouge du tarbouche, (éditions Séguier), L'Armée du salut ou Une Mélancolie arabe (éditions
Seuil).
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