Cherchma: plat lié au rituel de la poussée dentaire chez l'enfant

Publié le par Tya

Il n'y aura pas de photo pour ce plat avant l'hiver, autant vous prévenir tout de suite: c'est un plat... consistant. Délicieux mais consistant!

Qui fait encore cette recette qui prend des heures de préparation et de cuisson? je ne sais pas. Toujours est-il que je n'en ai pas mangé depuis l'âge de sept-huit ans!  c'est à dire hier... ou il y a quelques années...

J'ai dû appeler ma mère à la rescousse pour qu'elle me rappelle les ingrédients, le mode de cuisson, je m'en rappelle, c'est le même que celui de la skhina ou daffina (selon que l'on soit au Maroc ou en Tunisie). Ce qui me fait dire (à ma mère, toujours au téléphone: ça doit être un plat judéo-marocain?_ mais oui, répond-elle! ce sont eux qui nous ont tout appris!

Hommage à un vivre ensemble d'avant 1948! Hommage à Edmond Amran El Maleh qui avait conservé cette mémoire-là.

Voici donc, sans plus tarder, la recette de la cherchma, à ne concocter qu'avec amour et dévotion, sinon passez votre chemin!

Mais avant: sachez que cette recette est quasi-introuvable! même pas sur Google! Même pas dans le répertoire de la sublime Choumicha! Vous l'aurez compris: je déterre les vieillles recettes oubliées pour les consigner afin qu'elles ne se perdent pas! D'autres écriront leurs mémoires. Pour ma part, ceci est ma biographie culinaire, en partie... Mes mots... et Mets.

Ingrédients:

 

Quelques pattes de mouton (ça commence bien, oui! rétifs s'abstenir!) ou/ et une selle d'agneau, des pois chiches, des grains de maïs, des fèves sèches, des haricots secs, des lentilles, du blé, sept dattes, trois têtes d’ail avec la peau, cumin, paprika, huile d’olive, eau pour couvrir les ingrédients jusqu’à cuisson finale.

Vous aurez remarqué que je n'ai pas mentionné le poids. hé bien, cette recette peut être faite pour une famille (nombreuse comme il se doit chez nous, et pour les voisins! Oui, les voisins! Car c'est bien aux voisins qu'on ira demander de faire un don: un bol de pois chiches ou de fèves ou de maïs, ou de ce qu'on voudra. A l'origine, les légumes secs faisaient partie des réserves que l'on garde pour l'hiver, pour les Lyali: les jours les plus froids de cette saison).

Donc un bol de chaque ingrédient et un morceau de viande par personne. Par exemple.

 

Le lendemain:

les légumes secs auront été mis à tremper toute la nuit. Vous aurez remarqué l'absence de sel dans ce plat. C'est un hlou ou encore un messous,littéralement: "doux" ou "sans sel". Ce type de plat spécial rituel est présenté sans sel pour faire goûter aux Mselmin les jnouns, si vous préfrerez. Hé oui, on supposait que tout lieu est habité par des êtres invisibles, véritables propriétaires des lieux, nous autres humains, ne sommes que des passants, et qu'il faut, de temps en temps, leur rendre hommage, tribut payé à l'hospitalité du lieu, soumission à l'imprévisible, à l'impondérable, exorcisme des mauvais aléas.

Dans une grande marmite posée sur un kanoun (bon vous n'en avez pas, alors une plaque électrique fera l'affaire), vous déposerez la viande, l'ail en chemise (avec la peau, oui oui, les trois têtes pas de panique, les vampires peuvent aller voir ailleurs si j'y suis) , les pois chiches, les haricots blancs, les grains de maïs, le blé (en grains, qu'est-ce que vous croyez?), vous ajoutez de l'huile d'olive (=un verre à eau?), le cumin, le paprika, le cumin, les dattes (sept ni plus ni moins, ou alors cinq ou neuf, ou dix ou quarante: soit un chiffre magique: très important pour la recette). Couvrir d'eau. Largement.

Vous laissez cuire un moment (une heure?) puis vous ajoutez le reste des ingrédients: lentilles et fèves. Je n'ai rien oublié?

Laissez mijoter à petit feu. Il ne faut pas que les légumes secs se transforment en boullie. Il faut que les ingrédients soient cuits tout en restant entiers. Le défi!

Quand la potée, c'en est bien une mais de chez nous, est prête, vous commencez par servir un bol pour chaque voisin qui a contribué par un don. Lorsqu'il vous rend le bol, normalement, s'il a été bien éduqué, il devrait vous rendre le bol plein: c'est à dire avec quelques dirhams ou un morceau de sucre ou quelques dattes ou n'importe quoi de sucré de préférence. Le bol ne doit pas être rendu vide. C'est la règle.

Servir bien chaud à l'enfant à qui il poussera des dents, des racines et ... des ailes.

Rituel de socialité. Don et contre-don.

 


Publié dans Cuisine familiale

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plombier paris 7eme 30/01/2015 11:59

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement