C'est mon amie la rose...

Publié le par Touriya

Une passionnée du Maroc a bien voulu me laisser publier ce texte exquis de tendresse et d'humour...  C'est cependant réservé aux femmes, secret oblige! 
Je dédie ce texte à toutes les femmes même si je ne l'ai pas écrit, et à l'amoureuse de Tafraout qui se reconnaîtra!
Les photos suivront mais le texte est si imagé qu'il peut se passer de support visuel.



Pourquoi y a-t-il des roses au Maroc?

 

 

de Joan Rundo

 

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à msr

 

Je suis al-warda, la rose, la reine des fleurs même, car mon nom non seulement me désigne mais désigne également toutes les fleurs.

Chantée par les poètes de tous les pays et de tous les temps, de la Chine à l’Espagne, de l’Angleterre à la Turquie, je suis depuis toujours le symbole de la beauté et de l’amour.

Et le Maroc : comment se fait-il que j’aie trouvé ici un lieu d’accueil si parfait ? Dans ce pays où le climat peut être extrême, entre les cimes de l’Atlas et les douars isolés par le froid et la neige d’hiver aux sables assoiffés du désert, j’ai pourtant trouvé des lieux où, avec mes innombrables sœurs-roses, je me trouve comme une princesse choyée.

Le village de Kalâat Mgouna, niché entre la montagne et le désert, est mon royaume. J’en fais un petit paradis,  un avant-goût peut-être du verger foisonnant promis aux croyants dans les versets du Livre sacré, le Coran. Mon moment préféré de l’année est le mois de mai, le mois de la cueillette, quand, dès que le soleil se lève, tous les habitants se dévouent à notre attention : si l’on est encore jeunes, que de délicats boutons, on nous cueille toutes entières, si nos pétales sont éblouissants de couleur et de lumière ce sont eux qui finissent dans les sacs en tissu. Nous donnons le meilleur de nous-mêmes à cette heure-ci, car au fur et à mesure que le soleil brille, la teneur en huile essentielle diminue. Et il faut beaucoup de mains pour nous cueillir : nous devons être au nombre de 400 pour faire un kilo et pour faire 1 kg d’huile essentielle, il faut 5000 kg de roses ! Toutes ensemble, nous embaumons l’air de Kalâat Mgouna et le village se pare de la couleur de nos pétales. Etendues pendant quelques heures en plein soleil, on nous met ensuite à l’ombre pour sécher, avec un délicieux petit courant d’air qui parfois nous donne des frissons, et les hommes nous retournent avec délicatesse et nous virevoltons dans l’air, comme un nuage de papillons odorants. Nous sommes très demandées en tant qu’essence de rose par les grandes maisons de parfumerie et nous les Marocaines, nous suivons nos semblables de Bulgarie et de Turquie en termes de production avec, les bonnes années, une récolte de 4 000 tonnes.

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Si nous restons à Kalâat Mgouna, les familles nous distillent chez eux pour obtenir l’eau de rose, en utilisant des alambics de cuivre, suivant un procédé ancien. Ce produit  est essentiel dans les rituels de beauté des femmes, non seulement de Kalâat Mgouna, mais de tout le Maroc et bien au-delà de ses frontières. Grâce à nos multiples propriétés, nous transformons l’eau pure en une lotion astringente, pour tamponner le visage et préserver sa beauté. L’eau de rose est également mélangée au ghassoul, l’argile utilisée comme masque de beauté pour les cheveux et la peau ou bien on en imbibe le merwad, le petit bâton utilisé pour appliquer le khôl.  Cette poudre quasi-magique, d’un gris-noir bleuté, souligne le regard pour en faire un instrument infaillible de séduction. Et tout simplement, des compresses d’eau de rose apaisent les yeux fatigués.eauderose.JPG

Les boutons de rose, qui emplissent les échoppes dans les souks d’épices au printemps, sont aussi utilisés, avec le myrte, le clou de girofle, le souchet rond et l’écorce de lentisque  pour parfumer le henné pour traiter les cheveux et leur donner de riches reflets rouges.

Nous sommes donc connues pour aider les femmes à se parer et se faire belles, mais nous sommes aussi très présentes dans le patrimoine de médecine populaire et traditionnel. Avec nos boutons, les mamans depuis toujours préparent des décoctions contre les maux d’estomac des petits; mâchés, nos pétales peuvent soulager des maux de dents et l’eau de rose peut être employée en compresses pour traiter la fièvre, les migraines et les insolations ou en gouttes pour traiter les otites et même, une cuillère à boire deux fois par jour calmerait la nervosité et l’anxiété.

Je suis aussi citadine : les jardins des ryads, les maisons traditionnelles bâties autour d’un patio intérieur, nous accueillent très souvent. Je suis très à l’aise dans ces havres de paix qui traditionnellement ont quatre plates-bandes avec une fontaine ou un petit bassin au centre, suivant le schéma du jardin du Paradis abreuvé par quatre fleuves, de miel, de lait, d’eau très pure et de vin qui n’enivre point.  Ces patios ombragés, où les seuls bruits sont le piaillement des oiseaux et le murmure de l’eau de la fontaine, me rappellent l’époque d’Al-Andalus,  et les villes-joyaux comme Cordoue, Séville et le palais de l’Alhambra de Grenade, chef d’œuvre architectonique qui incarne le raffinement mauresque tracé dans la pierre et les plantes. De cette époque sont les vers du poète de Cordoue, Ibn Zaydun  (1004-1070):

Je me remémore notre vie à Az-Zahra, tout entière,

L’horizon était pur, et limpide la face de la terre,

Le vent du crépuscule errait avec fébrilité

Comme s’il languissait par compassion et par pitié

Et le verger, qui brillait sous la rosée de sourire :…

Au matin de leur vie, les roses scintillaient,

Et l’éclat du matin en fut tout réveillé.

 petales

Mais revenons au Maroc, où je suis arrivée, selon une légende, dans les sacoches des pèlerins de retour de la Mecque. Au cours du long et périlleux voyage de la péninsule arabique, on traversait l’Iran, la Syrie et la Turquie, pays où je fleuris en abondance. Cela me plaît d’imaginer qu’un riche marchand marocain, de passage à Damas, ait vu  mes pétales de velours. Peut-être que ma couleur lui   rappela les joues de sa jeune épouse la nuit de leurs noces et, foudroyé par ce souvenir, il mit quelques petits pieds de rosier dans ses bagages. On dit aussi que, comme les fleurs d’oranger, nous sommes nées de larmes du Prophète !

Mais je divague, romantique que je suis… n’empêche que dans le langage magique des fleurs, la rose du Tafilalt  « apporte l’amour en courant ».

Je ne sais pas si je crois ou pas à la magie mais selon un recueil  de « pratiques des harems marocains »,  un mélange d’eau de rose, de sucre et d’amandes pilées est un remède fort efficace contre l’impuissance virile…

Nous perpétuons aussi la longue tradition de l’hospitalité marocaine : des invités sont accueillis avec de l’eau de rose dans les élégants mrachat,  les lance-parfums  aux cols élancés pour rafraîchir et donner la bienvenue. Nous agrémentons même certaines recettes du très riche patrimoine culinaire marocain ou, simplement, l’eau de rose ajoutée aux fraises est un vrai délice : essayez, vous dégusterez un petit coin de paradis.

Tout compte fait – et modestement je vous le dis – nous exaltons les sens au Maroc : la vue, dans notre vallée bien à nous, à Kalâat Mgouna ou dans les jardins secrets des médinas, le toucher, avec nos couches de chair veloutée, le goût, comme je viens de vous le conseiller et, bien sûr, l’odorat, avec notre parfum doux et entêtant. Et puisque le Maroc, selon un récent slogan publicitaire, est « le pays qui éveille les sens », voilà peut-être une des raisons pour laquelle il y a des roses au Maroc…?

 

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Elise 24/07/2010 13:51



Quel joli texte! L'amoureuse de Tafraout que je suis (et qui l'est aussi de Kelaa M'gouna et du M'goun) regrette de n'être pas passée plus tôt, mais je pense toujours régulièrement à toi...


Amitiés,


 


Elise.



Touriya 12/03/2011 17:04



Idem pour moi! Sois heureuse, là où tu es!



Mohamed EL JERROUDI 27/04/2010 15:18



Ingrédients pour fabriquer un poème





 





Toi Couscous
Aux sept légumes

Regarde moi
Je te regarde
Chaque Vendredi

ou le septième jour
ce sera donc un Vendredi

Tant que tu
refuses de ne pas cuire
Sept fois

Je ne te mangerai pas

Mille et une bouches
T'attendent

Moi
J'ai tout mon temps

Couscous
aux sept l'égumes

j'attends
Et avant de te manger
je tournerai ma langue
dans ma bouche

Sept fois

J'attends
l'arrivée des autres

Un couscous
Ne se mange jamais
au singulier

Chez moi
il se conjugue
sept fois

au pluriel.


©Mohamed El jerroudi


*Recette

1 kg de poème moyen

500g de jarret de boeuf

2 navets

3 belles carottes

3 courgettes

300 g de chou

4 pommes de terre

2 d'aubergines

250 g de potiron

4 tomates

2 oignons

1 cuillère à café de safran

1 cuillère à café de piment doux

1 bouquet de coriandre

200 g de beurre ramolli

Sel, poivre





Touriya 27/04/2010 16:31



Merci pour cette recette exquise!



touha 21/02/2010 20:35


 Vraiment beau!!! Merci Touryia pour cette magnifique rose.