S'il paraît un peu prématuré de parler de mouvement queer au Maroc, il faut néanmoins reconnaître le rôle de pionnier à l'écrivain marocain Abdellah
Taïa dans la revendication de sa différence.
La médiatisation du débat, entre les partisans de l'hétéroconformité,_comme on se plaît désormais à l'appeler_ et les autres, est relayée par le magazine Tel Quel. Plusieurs numéros, en
effet, donnent la parole à l'écrivain Abdellah Taïa ou à des critiques littéraires qui présentent son oeuvre et son combat.
Dans l'un des derniers numéros du magazine, à travers un texte émouvant et cependant d'une grande justesse de ton, Taïa s'adresse à sa mère pour tenter de lui expliquer sa différence. Certains
lecteurs (internautes) épiloguent en s'interrogeant sur l'utilité d'écrire à sa mère quand celle-ci, analphabète, est incapable de lire la lettre qui lui est adressée. Ceux-là n'auront pas
saisi le détour rhétorique qui consiste à viser un destinataire particulier qui n'est qu'une figure de l'auteur lui-même. Cela ressemble en effet à une tentative de mieux cerner cette part de soi
comme lieu de différence pour mieux se la réconcilier. L'avantage d'un tel excercice de style c'est qu'il inscrit le débat sur l'homosexualité dans un cadre plus vaste du rapport avec les
minorités et du rapport avec la norme.
Le minoritaire, par ailleurs souvent minoré, nous pose la question de notre identité et c'est en cela qu'il dérange. Le rejeter c'est nous condamner à un monolithisme sclérosant.
Cf. en particulier, le numéro, 277 du magazine Tel Quel de juin 2009
(version en ligne), le numéro 367, avril 2009 (p. 20-24) ; le numéro 369, avril 2009 (p. 26-28).
Abdellah Taia avec ma copine Joan (Italie).
De Abdellah Taïa on pourra lire: Mon Maroc ou encore Le Rouge du tarbouche, (éditions Séguier), L'Armée du salut ou Une Mélancolie arabe (éditions
Seuil).
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