des mets pour sauver les mots

Publié le par Touriya

Quand j'ai choisi de publier un blog associant cuisine et littérature, nourritures toutes deux indispensables et complémentaires, j'avais plus ou moins consciemment en tête leur inextricable complexité, le danger de les manipuler, d'en rendre compte sans tomber ou dans le lieu commun ou dans la bavure ou dans le malentendu...
C'est à propos de malentendu que je compte faire ce billet et en référence à l'article de M. Mohammed Leftah "La mort à table".
Des lecteurs de ce blog m'ont fait part de leur malaise par rapport à cet article dans lequel ils lisent une intention anti-sioniste voire "antisémite", le mot a été employé! Qui est antisionniste? qui est antisémite? El Maleh? sa judéité le protège du soupçon d'antisémitisme mais il n'a jamais caché son opposition à une certaine idéologie sioniste! Leftah? sémite, tout comme moi, mais étant arabe, donc assimilié musulman, il est plus facile en effet, de lui prêter des intentions , tout comme à moi qui ai cautionné l'article en le publiant.
Je relis donc l'article de Leftah:
Je constate certes que je n'aurais pas employé les mêmes mots pour décrire les métaphores culinaires d'El Maleh mais je ne relève concrètement RIEN qui prête à cette interprétation antisémite.
Que se passe-t-il? Ma longue fréquentation de l'oeuvre d'El Maleh m'aurait-elle rendue aveugle à ce qui lui est étranger? Ou alors, sous prétexte que mon identité patronymique signale une arabité présumée, dois-je m'auto-censurer pour faire dans le politiquement correct? Y a-t-il des mots interdits aux "Arabes" ? Pourtant, El Maleh, ce "juif oxymoron" comme il aime à s'appeler lui-même, indiquant ainsi la complexité problématique de son identité, se revendique, s'est toujours revendiqué, comme Juif et Arabe, simultanément!

Mais revenons sur le terme litigieux: "sionisme" : en Occident il ne renvoie que de manière objective à ce courant qui a présidé idéologiquement à l'avénement de l'Etat d'Israël. Dans le monde arabo-musulman le terme "sahyoûnyya" (traduction de sionisme) a une connotation clairement péjorative et ne désigne que les actions et exactions contre les Palestiniens. L'Histoire avec sa grande hâche a tranché dans le vif du mot, lui enlevant son âme, le réduisant à cette mécanique exécutive qui a fait des prisonniers, des réfugiés, des sans terre, etc. Voilà comment un mot voit son sens changer non pas en diachronie mais en synchronie, et selon l'aire géographique.
Il en est, me semble-t-il, de même de la réception passionnelle de cet article de Leftah, comme de tout ce qui s'écrit sur le sionnisme.
Pourra-t-on jamais parler entre "juifs" et "musulmans", "orientaux" et "occidentaux", sans se cantonner les uns les autres dans ces identités meurtrières entre "pro" et anti"? Doit-on censurer tout parole qui ose, sans hypocrisie, sans mauvaise conscience non plus, dire ou laisser se dire un malaise? même maladroits, mêmes irecevables, des propos sur ce qui fait problème seront toujours plus sains qu'un silence contraint par cette nouvelle loi de la bienséance actuelle. J'invite au contraire à parler, à en parler par écrit pour que l'engagement de la parole soit mutuel. Car l'écrit reste, et parle parfois à notre insu.
 Et pour relancer le débat,  je renvoie à l'article suivant:

http://www.liberation.fr/rebonds/323892.FR.php

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Touriya 03/05/2008 14:40

Ces questions légitimes, bien que purement rhétoriques, ne répondent pas à l'accusation d'"antisémitisme". Parler d'un "looby juif" ou l'insinuer ne veut pas dire que l'on soit antisémite. Des looby, il en existe partout, et tant mieux ou tant pis pour ceux qui n'en font pas partie... Mais je récuse ce procès d'intentions que l'on fait à toute personne qui tient un discours un tant soit peu différent de ce qu'on entend dans la bonne presse. Pour répondre à la question: "Quand a-t-on vu une propagande déraciner qui que ce soit?"Je dirais que toutes les propagandes n'ont pas la légitimité idéologique du sionisme, que la question du juif errant était une réalité jusqu'à ce que le retour à la terre promise soit devenu possible...Le seul hic, comme dit Emile Habibi, c'est que la Palestine/Israël est devenu maintenant "la terre des deux promesses".

Tullon Hubert 03/05/2008 14:26

Je cite: "Et quand on sait les moyens multiformes qu' a déployés la
propagande sioniste pour déraciner de leurs terres ancestrales les
communautés juives sépharades […]" (M. Leftah).Question: Quand a-t-on
déjà vu quelque "propagande" que ce soit arriver à "déraciner de leurs
terres ancestrales" des "communautés" parfaitement sereines, quels que
soient, au demeurant, les "moyens multiformes […]
déployés"?Commentaire: A contrario, ne sommes-nous pas invités,
implicitement, à incriminer le "lobby juif" et ses innombrables
turpitudes?

Touriya 09/10/2008 09:57


Ce qui s'est passé à cette époque est certainement très complexe. M. Leftah se base sur des propos relatés dans un roman de fiction écrit par El Maleh. Les mots dépassent certes le constat d'une
réalité que personne ne peut nier et trahissent des griefs qui s'expliquent cependant par les vicissitudes de l'histoire. Mais delà à y voir une "incrimination du lobby juif"... non! Il est
question dans les propos de Leftah comme dans ceux d'El Maleh, juif lui-même rappelons-le au passage, d'un certain sionisme... ne pas confondre une idéologie politique avec une communauté
religieuse!!!


Hubert Tullon 03/05/2008 13:18

Je cite: "Et quand on sait les moyens multiformes qu' a déployés la propagande sioniste pour déraciner de leurs terres ancestrales les communautés juives sépharades […]" (M. Leftah).Question: Quand a-t-on déjà vu quelque "propagande" que ce soit arriver à "déraciner de leurs terres ancestrales" des "communautés" parfaitement sereines, quels que soient, au demeurant, les "moyens multiformes […] déployés"?Commentaire: A contrario, ne sommes-nous pas invités, implicitement, à incriminer le "lobby juif" et ses innombrables turpitudes?