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  • : blog dédié à l'écrivain Edmond Amran El Maleh, sa vie, ses livres, ses passions, ses engagements... et spécialement à la cuisine marocaine, métissée, expérimentale...
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Jeudi 17 septembre 2009

Depuis quelques jours, les pages web se multiplient autour de l’acte de désobéissance civile des déjeûneurs de Mohammedia : quelques jeunes gens ont osé manifester leur refus du dogme, leur hostilité à la loi marocaine qui interdit à tout individu réputé musulman de manger publiquement pendant le mois de ramadan, à la Constitution qui fait de l’islam la religion d’État, même si elle prétend tolérer les autres cultes (article 6), tout en ignorant superbement l’absence de culte !

Vous avez le droit d’être musulman, juif à la limite, peut-être chrétien (mais vous ne sauriez alors être Marocain, ou je me trompe ?), mais bouddhiste, niet ! athée ? niet niet ! agnostique ? kezako ?

Bref, au royaume enchanté du Maroc, on aime l’unité ! Nous sommes tous croyants puisqu’un Prince élu de Dieu nous gouverne ! Le principe de la monarchie de droit divin semble incompatible avec les transgressions de ce genre : dé-jeuner en public reviendrait en quelque sorte à invoquer un droit individuel, qui ne relève pas de nos traditions, de notre « culture », peut-être de celles d’un pays laïc ? Et voilà, le mot est lâché ! De là à voir dans cette entreprise la main de l’étranger, nécessairement sournois et néocolonialiste, cherchant à déstabiliser le pays, il n’y a qu’un pas… ou plutôt une bouchée de pain !

D‘autres verront – ont déjà vu – dans cette manifestation un simple coup de pub destiné à attirer la lumière sur je ne sais qui en vue de je ne sais quoi. Passons.

Les frileux de leurs religiosité n’ont pas manqué l’occasion de manifester, parfois avec une hargne surprenante et disproportionnée, leur indignation, leur condamnation… À se demander s’ils ne soupçonnent pas qu’en condamnant ces jeunes, ils risquent, le jour venu, de se retrouver eux-mêmes, vite fait, du mauvais côté : la Tunisie n’est pas si loin, pourtant.

En attendant que font ces jeunes dé-jeûneurs ? ceux qui ne sont pas derrière les barreaux en tout cas, car, pour certains d’entre eux, ils paraissent avoir commencé à solder leurs comptes, sinon avec  Dieu, du moins avec ses ministres ici-bas, qui leur apprennent l’art de bien se tenir en dehors de la table ; ceux qui restent donc, tentent de mieux s’expliquer sur leurs intentions : simplement manifester une revendication de reconnaissance de la liberté individuelle, respect qui inclut les jeûneurs bien sûr !

Sur certains forums, la sourate coranique « Al Kâfirûn » est citée en référence : « Vous avez votre religion et j’ai la mienne », n’est-ce pas ? Hé ! bien ; justement, non ! Celui qui est né Marocain, donc forcément musulman (à moins que, sauf votre respect, …) a la religion de ses pères, un point, c’est tout. Ou rien du tout ? Mais c’est le rien du tout qui est intolérable, insupportable… il interroge et déstabilise… celui qui n’a pas de religion, comment le classer ? est-il fiable ? n’est-il pas anarchiste ? s’il ne craint même pas la puissance divine, comment peut-on le contrôler ?

Nous sommes au Maroc, la loi prévoit juste (juste ?) une peine d’emprisonnement et une amende… Dans certains « pays frères », l’apostasie est passible de la peine de mort ! Ne devrait-on pas s’estimer heureux ?

Mais pourquoi, comment une poignée de jeunes gens, un peu romantiques, un peu inconscients, menacerait-elle l’ordre public ? pourquoi tant de haine de la part de ceux qui se disent « insultés dans leur carême » ?

Il faudrait peut-être poser la question autrement : qui sont ces jeunes dé-jeuneurs ? ne sont-ils qu’une minorité « bourgeoise qui a fait ses études dans les lycées français et qui a été aliénée par les idées laïcardes », comme le prétendent certains ? Sont-ils des jeunes naïfs et isolés, des brebis égarées qu’il faut remettre sur le droit chemin ? Sont-ils seuls ? sont ils les seuls à dé-jeûner ? à être musulmans de culture et à ne guère pratiquer ? Regardons bien autour de nous…

Tous ceux qui sont passés par les universités vous le diront : les étudiants se divisent en deux, les zélateurs de Dieu et les autres… Les autres ? c’est vous, moi, tous ceux dont la foi ne fait pas l’impasse sur l’estomac, mais qui se gardent bien de le crier sur les toits… Les autres, ce sont les prudents, les timorés, les connaisseurs du Texte se rappelant que « la Fitna est pire que l’assassinat »…

Et il n’y a pas que ceux-là ! Il y a les respectueux, enfin, façon de parler, d’autres diraient les hypocrites, ceux qui ne voudraient pas, n’est-ce pas, heurter les sensibilités, ceux qui se disent qu’il y a d’autres chats à fouetter, d’autres combats à mener, plus importants, plus urgents…

Pourquoi la manifestation d’une différence nous dérange-t-elle à ce point ? en quoi nous menace-t-elle ? Sommes-nous si fragiles dans nos convictions que le moindre écart puisse nous apparaître comme le début de l’Apocalypse ?

Il est vrai qu’au Maroc tout va pour le mieux : les bonnes gens ont la foi, ils ne pèchent pas, ne sont pas corrompus, n’abusent jamais de leur pouvoir, il n’y a pas de vol, pas de viol, pas d’inceste… Tout le monde mange à sa faim, il n’y a pas d’enfants abandonnés, pas de chômeurs désespérés, pas d’illettrés, pas de « brûleurs » enragés d’Europe… Tout va bien dans le meilleur des royaumes possibles !

Alors que viennent faire ces trublions de la digestion à vide ? S’ils commencent par revendiquer le droit de manger pendant ramadan, où s’arrêteront-ils ?

Par Touriya - Publié dans : Partages
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Dimanche 16 août 2009
"A force de vivre chaque nuit dans les interstices mystérieux, entre lecture et nourriture, j'ai découvert un lien remarquable, une sorte d'harmonie préétablie, entre goût et qualité littéraire."   Firmin, de Sam Savage, Actes Sud, 2009, p. 52


C'est un rat qui parle. Un rat de bibliothèque qui rappelle beaucoup Ratatouille, le petit rat gourmet. Une bonne lecture récréative qui a juste le tort de tout rapporter à l'humain! Pourquoi est-ce qu'un rat serait-il épris de littérature ou de gastronomie? l'anthrpocentrisme est cependant contrebalancé par un peu d'humour.
Par Touriya - Publié dans : Partages
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Vendredi 10 juillet 2009

Une copine française d'origine belge résidant en Egypte (non, non, elle n'aime pas les complications, qui a dit ça?) m'a demandé ce qu'on pouvait faire d'un paquet de pruneaux qui s'est retrouvé par hasard dans son frigo de femme rebelle à la cuisine élaborée (entendre par là, celle qui demande plus de dix minutes d'investissement). Je lui aurais bien conseillé de es manger tout cru, comme il m'arrive de le faire, en cachette, quand je suis furieusement en manque de sucre, mais elle a parlé de "tagine", le gros mot pour une rétive à la manipulation des casseroles. J’ai bien tenté de lui vendre les recettes simplissimes de pruneaux farcis au roquefort ou au foie gras, à utiliser en amuse-bouche (ou amuse-gueule, ça dépend du degré d’aperture) ou encore la recette du lapin désossé farci aux pruneaux et au roquefort, rien à faire : pas de sauce! Madame veut un plat en sauce ! je me demande bien qui est l’heureux cobaye qui servira de goûteur à la belle…

Donc, pour ne pas avoir mort d’homme par intoxication sur la conscience, j’ai décidé de rompre mon silence virtuel et de livrer la vieille recette de ma mère : le fameux tagine aux pruneaux. Comme il se doit. La photo suivra peut-être un jour. Je ne me sens vraiment pas le courage de tenter l’expérience en travaux pratiques.

Ingrédients (pour six, huit, dix  personnes, le secret de la cuisine marocaine c’est son extensibilité, il suffit de doubler les proportions de pain et de sauce !)

Un kilo de veau,

500 g de pruneaux

Une poignée d’amandes mondées et grillées ou frites (facultatif)

Une c. à s. de sésame

Deux oignons à sauce (jaunes ou blancs)

Un bouquet de coriandre

Une pincée de ras el hanout (curry marocain) : facultatif aussi.

Une pincée de pistil de safran marocain.

Une c.à c. de gingembre moulu

Deux gousses d’ail écrasées

Un demi verre à thé d’huile d’olive

Une grande cuillerée de miel

Poivre, sel,

 

Comment procéder ?

Faire rissoler la viande dans une matière grasse, de l’huile d’olive de préférence. Ajouter les oignons émincés puis l’ail écrasé. Quand l’ensemble prend une légère couleur blonde, ajouter un grand verre d’eau, voire deux, les épices, le bouquet de coriandre ficelé. Laisser mijoter à petit feu pendant ¾ d’heure. Il faut arrêter le feu dès que la viande est fondante, la sauce devient normalement onctueuse.

Pendant ce temps, tremper les pruneaux dans du thé chaud pour les faire gonfler après les avoir dénoyautés. Les farcir avec les amandes et le tremper dans la cuillerée de miel. Portez l’ensemble à chauffer dans une poêle juste au moment de servir. Faire chauffer la cocotte où se trouve la viande. Dresser l’ensemble dans un tagine en terre cuite, décorer des pruneaux farcis aux amandes, ajouter un peu de sauce, puis saupoudrer une petite poignée de graine de sésame. Le tour est joué.

Par Touriya - Publié dans : Cuisine familiale
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Mardi 9 juin 2009
S'il paraît un peu prématuré de parler de mouvement queer  au Maroc, il faut néanmoins reconnaître le rôle de pionnier à l'écrivain marocain Abdellah Taïa dans la revendication de sa différence.
La médiatisation du débat, entre les partisans de l'hétéroconformité,_comme on se plaît désormais à l'appeler_ et les autres, est relayée par le magazine Tel Quel. Plusieurs numéros, en effet, donnent la parole à l'écrivain Abdellah Taïa ou à des critiques littéraires qui présentent son oeuvre et son combat.
Dans l'un des derniers numéros du magazine, à travers un texte émouvant et cependant d'une grande justesse de ton, Taïa s'adresse à sa mère pour tenter de lui expliquer sa différence. Certains lecteurs  (internautes) épiloguent en s'interrogeant sur l'utilité d'écrire à sa mère quand celle-ci, analphabète, est incapable de lire la lettre qui lui est adressée. Ceux-là n'auront pas saisi le détour rhétorique qui consiste à viser un destinataire particulier qui n'est qu'une figure de l'auteur lui-même. Cela ressemble en effet à une tentative de mieux cerner cette part de soi comme lieu de différence pour mieux se la réconcilier. L'avantage d'un tel excercice de style c'est qu'il inscrit le débat sur l'homosexualité dans un cadre plus vaste du rapport avec les minorités et du rapport avec la norme.
Le minoritaire, par ailleurs souvent minoré, nous pose la question de notre identité et c'est en cela qu'il dérange. Le rejeter c'est nous condamner à un monolithisme sclérosant.

Cf. en particulier, le numéro, 277 du magazine Tel Quel de juin 2009 (version en ligne), le numéro 367, avril 2009 (p. 20-24) ; le numéro 369, avril 2009 (p. 26-28).


Abdellah Taia avec ma copine Joan (Italie).

De Abdellah Taïa on pourra lire: Mon Maroc ou encore  Le Rouge du tarbouche, (éditions Séguier), L'Armée du salut ou Une Mélancolie arabe (éditions Seuil).
Par Touriya - Publié dans : Partages
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Samedi 6 juin 2009
Entretien radiophonique avec Edmond Amran El Maleh sur Medi 1. (copier coller le lien suivant:)

http://www.medi1.com/player/player.php?i=99441
Par Touriya - Publié dans : ses mets et ses mots
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Samedi 30 mai 2009

"Nul ne témoigne pour le témoin. Et pourtant toujours nous choisissons un compagnon: non pour nous, mais pour quelque chose en nous, hors de nous, qui a besoin que nous manquions à nous-mêmes pour passer la ligne que nous n'atteindrons pas. Compagnon par avance perdu, la perte même qui est désormais à notre place. Où chercher le témoin pour lequel il n'est pas de témoin?"


 

C'est par cette déclaration poignante qu'El Maleh (citant Blanchot citant lui-même Paul Celan) introduit son livre Mille ans, un jour dans une épigraphie incontournable pour la compréhension de toute son œuvre.

Aujourd'hui encore, Edmond Amran El Maleh joue son rôle de témoin et apporte sa version de l'histoire. Autorisée par l'auteur, je me permets de livrer  ici ce texte inédit (publié uniquement par mon ami Abdellah Baida sur sa page facebook) et je vous invite tous à le discuter, à le relayer, car l'histoire doit s'écrire au pluriel pour tenter d'approcher une certaine justesse...

voici le texte:

 

 

Le « héros » démasqué

 

                                                                               Edmond Amran El Maleh

 

La photo en première page d’un journal marocain d’un ex-agent du Mossad, de surcroît présenté comme un héros, on penserait qu’il s’agisse d’une hallucination, d’un cauchemar passager. Il n’en est rien. Le journal Le Soir, en plusieurs épisodes, sous la manchette « Point d’histoire » nous présente, photo encadrée à l’appui, David Littman, ex-agent du Mossad, héros célébré pour une mission qu’il aurait brillamment accomplie. Et, sans anticiper sur ce qui va suivre, on apprend, dans les pages de cette scandaleuse publication que, le 1er juin 2008, le président israélien Shimon Perez au cours d’une cérémonie officielle a présenté, au nom de l’État israélien, ses remerciements à ce très spécial espion. Parole lui est donnée dans une longue interview en plusieurs épisodes parue dans Le Soir. À longueur de colonnes, il décrit comment et sous quelle couverture il est venu, il a séjourné au Maroc, le temps de préparer et de mener à bien « l’opération murale ».

Sur le ton de la vantardise à peine dissimulée, avec un cynisme qui prétend se réclamer d’un travail humanitaire, il décrit ses tractations, son travail de sape, de corruption dont, sans aucun doute à ce jour, soit 47 ans après, il camoufle le vrai visage, mais en vain.

On jetterait ce « héros » très particulier dans les oubliettes de l’histoire si, encore une fois, ne s’ouvrait à cette occasion cette dramatique question, cette blessure ouverte, l’exode des juifs marocains ; je dirais aujourd’hui Marocains juifs pour bien préciser notre identité. Ce héros plein de componction humanitaire et prophétique, un agent du Mossad, ne mériterait pas qu’on évoque son nom un seul instant si précisément, et c’est là l’extrême gravité de l’affaire, il ne tentait de s’afficher comme le sauveur « de quelques centaines d’enfants juifs marocains » qu’il voulait acheminer vers Israël ou,  variante,  « rapatrier ».

  De ce seul fait, et sans anticiper sur la suite de ce qu’il y a à dire à ce sujet, ce sauveur miraculeux, commis aux basses œuvres, est à l’image d’un négrier, trafiquant d’esclaves, trafiquant d’enfants ici, qu’on devrait juger pour son action criminelle.

Mais il est juste temps de voir les choses de plus près avec un souci de vigilance d’autant plus nécessaire qu’il faut déjouer, percer le brouillard de la propagande et de l’idéologie sioniste qui s’infiltre dans les interstices de l’histoire.

Et d’abord arrêtons-nous pour savourer sans trop nous y attarder ce portrait qu’il trace de lui-même. Il se décrit dans sa jeunesse comme un idéaliste naïf excentrique, convaincu de ses capacités.

Évoquant James Bond, il lâche l’énormité qu’il ignorait travailler pour le Mossad. Comble de cynisme grotesque, bassement primaire, le voilà qui tente piteusement de se draper dans les plis de la Thora comme s’il était investi d’une mission divine.

La bonne conscience israélienne, celle qui « spirituellement » s’est affirmée à Gaza. Mais venons-en à l’essentiel. Nous sommes en ces jours exaltants de l’indépendance conquise, du retour triomphal de S.M. Mohammed V. Le pays change de visage et entre dans l’histoire de son avenir avec toute la complexité des bouleversements et des mutations qui s’en suivront. Période féconde, d’une richesse complexe, extrêmement difficile à appréhender et que j’ai vécue de plain-pied, à l’unisson de tout le peuple marocain.

C’est à la même époque, à deux ou trois ans près, en fait en 1961, que cet agent du Mossad s’infiltre clandestinement au Maroc et, sous couvert d’une mission humanitaire, il entreprend ses manœuvres de corruption, de détournement de l’attention, au risque plus d’une fois d’être démasqué, et ce pour mener à bien son entreprise.

On aura assez parlé de ce feuilleton d’espionnage de bas étage, assez remué la boue et la fange qui entourent son personnage et ses péripéties. Pas un seul instant il ne faut se laisser abuser par ce scénario révélateur à l’occasion du visage réel du sionisme. Le but de cette opération israélienne confiée à cet agent du Mossad est double. Il faut le percer à jour, le dénoncer, le traquer dans les moindres replis de ces interstices de l’histoire où il croit pouvoir se lover pour se livrer à son travail de sape. But double, avons-nous dit, dessein inavouable dont on escomptait qu’il aurait pu faire son trou dans le secret.

Et d’abord semer le doute, faire croire que ces juifs qu’on aura châtrés, amputés de leur enracinement millénaire en ces terres marocaines seraient en danger de mort nécessitant des actes de sauvetage. Et comme corollaire, pour ainsi dire, s’ensuit du même mouvement, cette monstrueuse falsification de la vérité : l’idée que ces juifs seraient un corps étranger en ce pays !

Ouvrons ici une parenthèse. On ne sait que trop comment Israël s’est édifié en chassant le peuple palestinien de son pays, en tentant par sa terreur d’annihiler son existence.

Disons en passant qu’aujourd’hui, avec l’appui de l’Europe, Israël en arrive à la négation même de la question palestinienne. En fermant cette parenthèse, ajoutons qu’Israël, de par sa politique de terreur, de crimes perpétrés en toute impunité, de par son existence même, Israël donc a fait que, dans tous les pays dénommés pays arabes, les nationaux de confession juive et leur communauté ont subi les effets d’une irrémédiable destruction.

Mais revenons donc au Maroc et d’abord, pour affirmer avec la force d’une évidence que jamais nous, juifs marocains, ou Marocains juifs comme je tiens à le formuler, nous n’avons encouru ne serait-ce que l’ombre d’un danger. Pour nous, indissolublement avec l’ensemble du peuple marocain, sans la moindre faille, sans la moindre réticence, nous avons communié dans cette annonce d’un destin nouveau où, enfin, le pays prenait ses affaires en main après le règne du protectorat. Un détail pour souligner, s’il en était besoin, cette intégration, cette participation, le premier gouvernement marocain a compté parmi ses membres un ministre juif marocain, Marocain juif, le docteur Benzaquen.

Il ne s’agit pas, à la faveur de cet exemple comme de tant d’autres, de faire comme si on évoquait avec soupirs et nostalgie un passé révolu.

Première certitude qui demeure et qui a plus que son prix, nous sommes passés, nous Marocains juifs / juifs marocains, du statut de « dhimmi » à celui de citoyens marocains jouissant de la plénitude de nos droits. Il faut flanquer cette vérité pour ainsi dire à la figure de cet espion très spécial.

Je ne peux faire mieux pour conclure ce texte qui reste ouvert que de renvoyer à propos de la tragédie de l’exode des juifs marocains, des Marocains juifs, arrachés à un enracinement millénaire, je ne peux faire mieux que de renvoyer le lecteur à mon livre Mille ans un jour,  (Éd. La Pensée sauvage).

Et je voudrais ajouter encore un mot. Un jour lointain, à Asilah, dans ce cimetière marin battu par le chergui, méditant sur la tombe d’un inconnu nommé Naon, le Parcours immobile s’est mis en mouvement pour, de livre en livre, offrir à ce pays, le mien, lui prêter une voix, fût-elle un grain de poussière, un regard éphémère, pudiquement empreint et sans emphases d’un sentiment d’attachement intime et profond.

Pour conclure, je ne voudrais pas faire l’honneur à cet espion au petit pied de l’insulter, comme j’ai eu la tentation de le faire sur le coup, tel qu’en lui-même il se condamne sans appel.

 

Rabat, mai 2009.

Par Touriya - Publié dans : Partages
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Mardi 12 mai 2009
Les cornes de gazelle, tout le monde pense savoir ce que c'est, tout le monde y a goûté un jour ou l'autre, cela fait partie de cette cuisine qui s'exporte bien... Pourtant, les vraies cornes de gazelle, les légères au poids,  fondantes à coeur, craquantes à la surface, légérement parfumées à l'eau de rose mais à peine, surtout pas à la canelle qui masquerait trop l'amande... Ces cornes-là, c'est au Maroc qu'on peut les déguster! Ne me parlez pas de ces boudins farineux, dégoulinant de sucre glace et au goût de carton, beurk! Je vous parle des cornes de gazelle, pas de sabots d'âne!
Vous ne trouverez pas les vraies cornes de gazelle dans les épiceries Halal de Brahimalimentaion, ni chez le traiteur arabe bien sympathique de Barbès ou du premier quartier arabe venu... ni même chez moi, j'apprends toujours à les faire, je n'ai pas réussi à trouver The Recette!
Et c'est pour cela que je ne donnerai pas de recette ici, je mettrai juste la vidéo de nos tentaives rigolottes et peu réussies (mais on s'en tamponne le coquillard) à ma nièce préférée et à ma pomme! Expérience Work in progress qui vous donnera encore plus la mesure de cette simplicité qui se dérobe de la gazelle, enfin de sa corne!
A suivre!

Par Touriya - Publié dans : Cuisine familiale
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Mardi 12 mai 2009
L'été arrive et les mets les plus légers sont appréciés:grillades, salades composées, gaspachos en tous genres, verrines, terrines, et si cela rime avec régime, tant mieux pour nos maillots qui ne continueront pas à croupir au fond des tiroirs...

Donc, voici un plat que l'on peut préparer à l'avance et le réchauffer à la dernière minute. Et si l'on veut impressionner quelqu'un, on préparera ce mets dans un récipient en poterie (voir photo) que l'on peut même mettre sur le gaz à condition, toutefois, d'isoler à l'aide d'une plaque. En plus d'être bon et digeste, ce plat est rapide à préparer: 10' de préparation (mais je suis une rapide!), et 15 à 20 ' de cuisson.


Ce petit tagine non émaillé est valable pour deux à trois personnes. Acheté à Sidi Bousaïd, en Tunisie.
Ingrédients:
Une queue de lotte d'un kilo environ
Deux tomates coupées en rondelles et épépinées
Un citron confit ou frais (vert)
Une botte de coriandre et de persil mélangés
2 c.à s. de paprika
Quleques pistils de safran marocain (de préférence)
Un demi-verre d'huile d'olive
Quelques olives violettes pour la décoration
Deux gousses d'ail dégermées et écrasées
Un oignon jaune
Sel poivre


Préparation:
Mettre l'huile, l'oignon émincé, l'ail écrasé et laisser cuire doucement jusqu'à ce que l'oignon devienne translucide.

Mélanger les épices, les herbes coupées ou ciselées, une cuillère à soupe d'huile d'olive et le jus d'un demi citron ou le citron confit coupé en lamelles. Enduire les morceaux de poisson dans ce mélange et laisser mariner.
Ajouter aux oignons qui cuisaient dans le tagine quelques rondelles de tomate pour tapisser le récipient.
Ajouter enfin les morceaux de poissons et couvrir avec deux ou trois rondelles de tomates. Cuire 15 à 20 minutes. Pas plus.
Servir dans le tagine accompagné d'un riz basmati.
Voyez le résultat:



Oups! j'avais parlé d'olives violettes, ici elles sont noires: je ne devais plus en avoir dans ma réserve!



Par Touriya - Publié dans : Cuisine familiale
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Samedi 21 février 2009
Ceci est la traduction d'une traduction... traduction d'un poème de Lorand Gaspar demeuré secret car  jugé impubliable par l'auteur.  La seule trace que nous ayons de ce poème est une version arabe (de S. Al Joundi) publiée dans Sol absolu (p. 133 de l'édition Gallimard/poésie  1982). Le secret qui entoure  ce poème absent est fascinant. Je dois à Annick G. la tentation de courir après l'énigme et je l'en remercie. Ce qui est encore plus fascinant, c'est que des "triangulations" inattendues se sont constituées, tantôt avec M. D. spécialiste de Lorand Gaspar, tantôt avec H.T. mon merveilleux époux, fin stylisticien et grand amateur de Gaspar.
 Voici le résultat de cette quête de traces écritse à plusieurs mains:


Jour et nuit,  nous errons en quête

d’un sanctuaire en ruine rendu à la substance de la terre

dans  l’éclat de l’espace et des pierres jaunes

dans l’innocence du corps et du papier

s’ exhale de nos pas un parfum de jasmin et d’amour

sans personne pour en recueillir la fragrance





Par Touriya - Publié dans : Partages
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Jeudi 19 février 2009
Ce titre pourrait traduire littéralement, et donc approximativement, celui du roman de Maati Kabbal que je viens de découvrir avec bonheur et qui s'intitule Houbbak Ya Edhdhawya. Ecrit en arabe marocain dans une diglossie parfaitement assumée (va-et-vient entre l'arabe littéral et le dialecte marocain), ce roman met en scène les aventures burlesques d'un jeune Marocain qui peine à trouver du travail malgré son doctorat en droit. La langue truculente de ce roman réactive les ressources du dialecte et de l'héritage oral: dictons, chants populaires, vannes, etc. L'autodérision du narrateur fait passer néanmoins des allusions aux nombreuses contradictions de la société marocaine contemporaine dans un contexte de globalisation. Par les stratégies discursives utilisées (humour, ironie et autodérision) ce roman  évoque, tout en étant très différent, Le Peptimiste (de Emile Habibi, traduction de Jean-Patrick Guillaume).
C'est en tout cas une écriture jubilatoire et une fantaisie pleine d'arabesques (au sens romantique du terme) que j'invite tous les arabisants à découvrir!


Références:

Auteur Maati Kabbal
Titre: Houbbak ya Edhdhawya
Editions: Ain Bannaï, Casablanca, 2008.
178 p.

Par Touriya - Publié dans : Partages
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